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VERS LA TERRE DE FEURuta 40, fevrier 2006Dehors, j'entends des bruits d'anes mais plus aigus. Quelle basse-court me reveille au milieu de ce nulle part? En plus, je n'en peux plus dans cette tente, on y est serre comme des sardines. La prochaine fois on plantera la mienne car elle est plus grande. Je sors de la tente et scrute l'horizon. Je vois au loin des troupeaux de guanacos disperses ici et la s'appelant et se repondant. Eh be, ils en font un vacarme. On se leve definitivement, faisons une toilette de chat, arrachons un petit dej et remballons les affaires de camping tout en appreciant cette absence totale de bruits urbains ou de notre societe moderne. Toutefois nous parlons. Nous parlons meme beaucoup avec Maya. On a des tas de sujets de discussions interessants. On apprend toujours a se connaitre, mais le courant passe plutot bien. Et puis on rit souvent. C'est agreable de voyager avec quelqu'un qui rit. Ce qui est bien quand on voyage a moto avec quelqu'un qui nous correspond est que quand on s'arrete, on echange pas mal de choses et quand on roule on est chacun dans son coin et on peut se ressourcer en paix. Bref, tout ca pour dire que voyager avec Maya est plutot interessant. On roule depuis maintenant 50 kilometres et au detour d'un virage, legerement en hauteur, les Andes font encore apparition. Mais cette fois c'est special, on voit le fameux Fitz-Roy, le pic rocheux dont revent tous les alpinistes. Un truc comme 2000 metres de mur vertical a monter. Et dire qu'il faut monter en plusieurs jours et dormir accroche a la paroie... Ca doit surement vous prendre aux trippes de faire ca. Quelle satisfaction ca doit etre en arrivant en haut! Donc nous voila a admirer le Fitz-Roy de loin tout en roulant vers le sud. La Patagonie. J'arrive enfin a croire que je suis en Patagonie parce que je vois le Fitz-Roy au loin. J'en ai longtemps reve de cette Patagonie avant le voyage. Je ne pensais pas que ce serait comme ca. En fait, quand on pense a un voyage, pleins d'images se forment dans la tete et c'est ce qui animent la preparation. Mais quand on voyage, rien ne se passe comm on le pensais... pourquoi? Parce qu'on ne peut pas anticiper ces emotions. Les emotions font le voyage et elles peuvent tellement varier en fonction du temps, de la compagnie qui nous accompagne, de la maniere dont on arrive a un endroit, des gens que l'on rencontre... Ce sont toutes ces choses qui font le voyage. Et c'est egalement pour ca que lorsqu'on voyage, il faut pas avoir d'apriori. Il faut prendre les choses comme elles viennent et les juger un minimum. Pour rejoindre le Fitz-Roy, on quitte la route 40 et nous tournons vers l'ouest, en direction d'El Chalten, le village au pied du Fitz-Roy. Pendant 100 kilometres, on a une vue imprenable sur le Fitz-Roy et la machoire bien dentee de la Cordillieres des Andes patagonienne. Ca fait comme une machoire de requin de couleur bleue foncee. C'est « de toute beaute » comme dirait ma mere. Qu'est qu'on a de la chance d'etre la. Je ne peux pas exprimer ma joie. La seule chose qui m'importe c'est boire ce paysage a grande gorgee. J'ouvre mon casque et laisse mon visage se laisser caresser par l'air pur. Mes yeux sont ecarquilles et n'en peuvent plus de regarder le Fitz-Roy se rappocher a chaque kilometres parcouru. Ma chanson fetiche de U2 me revient en tete et je pars en trombe pour exiter encore plus mes sens! J'aurais envie de faire peter le compteur mais on monte en faut-plat et Bilou s'essouffle. "It's a beautiful dayyyy...!" Je hurle dans mon casque autant que je peux. Je hurle de joie et laisse sortir tout ce que je peux de mes poumons au point de m'en agosiller la gorge. C'est vraiment un jour magnifique! A El Chalten, on plante la tente dans un camping avec vue sur le Fitz-Roy. Jeremiah, ancien grimpeur passionne de montagne, me fait part de sa joie extreme juste par le fait d'etre la. Il a toujours reve de cette montagne et maintenant qu'elle est devant ses yeux, il a peine a y croire. Il faut donc celebrer cela par une bonne biere. Le soir Maya va faire quelques affaires sur internet. Moi je suis crevee et vais me coucher. Je reste plusieurs minutes comme ca, dans mon sac de couchage a repenser a cette nature immense que nous sommes en train de traverser. Elle est grande et impressionnante, mais elle n'est pas aussi desolee que je pensais. Le ciel s'est couvert ce soir et on ne peut pas voir la voie lactee... Je ferme donc les yeux pour mieux l’imaginer, la revoir comme je l’ai vu hier. Puis mon corps se relache et puis plus rien; la paix du sommeil l'a emporte sur mes pensees. Je n'ai meme pas entendu Maya rentrer. Torres del Paine et derniers moments au Chili, jeudi 23 fevrierEncore une journee de route aujourd'hui. On n'arrete pas en ce moment car on veut etre a Ushuaia avant qu'il commence a faire froid. On ne prendra quasiment que des routes goudronnees pour aller jusqu'au Chili. La route est bordee de beaux chardons roses fonces qui ressortent bien sur l'herbe jaune paille. A la station essence on retrouve nos amis argentins sur l'Africa Twin. Ils sont toujours aussi sympas et je serai contente de les revoir quand je remonterai vers l'est. Ils nous accompagnent jusqu'a la route qui menent a la frontiere et nous quittent avec un grand salut de la main. Et nous, nous nous dirigeons vers l'ouest. Encore une fois la frontiere est facile a passer. Quand je repense aux frontieres d'Amerique Centrale qui etaient si chiantes et dangeureuses, c'est incroyable la difference. La frontiere passee, la route se rapproche de nouveau des montagnes et les belles tours de Torres del Paine devoilent leur charme au fur et a mesure qu'on se rapproche. Avant l'entree du parc, on passe un drole de vehicule; c'est un bus avec derriere, une remorque ressemblant a une remorque transportant des volailles. Sur le coup je ne fais pas trop attention. Mais a l'entree du parc, je vois le truc arriver et il s'agit d'allemands. On passe l'entree et allons tranquillement vers le camping tout en nous arretant et prenant des photos. Et au camping le bus-remorque s'est installer a 3 pas de nous. Nous sommes curieux de voir ce qu'il y a dans la remorque a volaille donc on se dirige vers eux. Mon Dieu! Mais quelle horreur! La remorque a volaille n'est en fait que le dortoir de ces messieurs-dames. Il y a 33 "chambres" en tout dans cette remorque. On dirait qu'ils dorment dans des cercueils! On se fait expliquer que c'est un moyen excellent de voyager. Et puis tout le monde met la main a la pate le soir pour faire a manger et faire la vaisselle. Seuls des allemands peuvent voyager comme ca, je n'imagine pas vraiment les francais dormir dans la remorque a volaille, ce serait vite une belle pagaille. Nous, on a plante seulement la moustiquaire de la tente pour pouvoir admirer les etoiles ce soir. Qu'est-ce-c'est bien de dormir a a belle etoile! Et puis maintenant c'est partit pour une seance photo sur la belle vue des montagnes. Que c'est chouette par ici, surtout la partie des tours. L'autre partie est occupee par un glacier. On n'arrete pas d'en voir des glaciers. Malheureusement, ils sont en recession constante du au rechauffement de la terre. Notre pauvre Terre... et pauvres nous, petits etres humains que nous sommes. Parce qu'avec toute cette polution, ce n'est pas la Terre que nous sommes en train de tuer, mais bien nous. La Terre, elle, vit depuis des milliards et des milliards d'annees et ce n'est pas en 2 siecles que nous allons la tuer. Nous la maltraitons, certes, mais elle survivra a ses blessures. Nous... c'est autre chose. D'ailleurs, ici en Patagonie, la ou la polution de l'eau et de l'air est encore presque innexistante, la couche d'ozone est partie! Elle ne nous protege plus des rayons solaires... On crame en moins de 2 minutes au moindre petit ciel bleu. Quels en sont les risques? N'y pensons pas, collons-nous une bonne couche de creme solaire et concentrons-nous sur le moment present car on peut faire de belles photos ce soir sur les tours. Et depuis notre campement on a une vue excellente! On peut bien voir les tours derriere le lac. Les reflets ds tours sur le lac sont evidemment de toute beaute. Et puis ces arbres deplumes, courbes et tordus par le vent, tout ca donne encore plus de cachet a cette nature grandiose. On la bien choisit notre site. Apres le dinner, on prepare notre soiree a la belle etoile. Probleme! Les allees du camping sont eclairees par de petites lampes. Ceci nous empeche de voir les etoiles. Mais nous sommes equipes, en tant que motards aventuriers, nous avons des outils et il ne faut qu'une seconde pour trouver l'outil adequoit afin d'enlever le chapeau des lampes et devisser les ampoules. Nous sommes donc dans ma tente a observer le beau ciel etoile. Il faut en profiter, ce n'est pas tous les jours qu'on est en Patagonie a observer les etoiles de l'hemisphere sud. Elles sont evidemment tres differentes de celles de l'hemisphere nord et je ne reconnais rien de rien dans ces constellations. ... Et les etoiles m'emportent dans de beaux reves. ... quand tout a coup je suis bousculee par Maya qui me dit de me lever car il pleut. FLUTE! Je dormais tellement profondement que je n'ai meme pas sentie la pluie venir me couler sur le bout du nez. En moins de 2 on est dehors et on porte la tente sous un abris afin de finir notre nuit au sec. Route vers Ushuaia, lundi 27 fevrierSuper sereine. Je suis contente d'etre en compagnie; une vraie moto diva, escortee par ces chevaliers servants. Ma cousine Isabelle me l’a dit : « Je suis sur que tu vas savourer ces derniers moments ! » Et ben oui, je les savoure... J’en savoure chaque seconde, chaque millimetre de goudron, chaque particule respiree, chaque oiseau me passant au dessus du casque, chaque brin d’herbe se courbant sous le vent, chaque arbre m’indiquant le chemin du sud de leurs grandes branches pointues... Ces arbres sont chouettes, ils forment une haie le long de la route, leur vert tranche avec l’herbe jaune, ils sont habilles de mousse les faisant ressembler a des fantomes ! Je n'arrive pas vraiment a croire que je vais deja arriver a Ushuaia. Pourtant si, mon GPS vient de pointer Ushuaia sur son ecran. Depuis le temps que j'attendais ca. On est encore a 100 km... C'est la distance Val d'Ajol - Champlitte (mon village - celui de mes grands-parents maternels). Je devrais etre nerveuse mais pas du tout, je suis tout a fait calme. Chan-Chan, la musique de Buena Vista m'accompagne ; Klaus, un de mes 2 potes autrichiens rencontres pendant ce voyage, me l'a envoye il y a quelques jours (accompagnee d'un courrier tres charmant d'ailleurs). Je fredonne le chaleureuse musique cubaine pour me rechauffer du froid de la Terre de Feu... Chris et Ramon ont pris de la vitesse. Moi je reste a mon rythme; je ne veux surtout pas me casser la figure maintenant a cause de l'enervement (rire!) (ceux qui me connaissent bien savent que ma vie n'est qu'un long fleuve tranquille). Je pense a tous mes amis, ma famille, ces moments intenses du voyage, tout ce que ca demande pour en venir la. Mon coeur bat a 100 a l’heure. Finalement, l'Alaska n'est pas si loin que ca. Je passe les dernieres courbes et puis!!! Chris et Ramon sont la, plantes sur le cote de la route devant le panneau "Ushuaia, la ville la plus au sud au monde". Putain! J'aurais jamais pense y arriver comme ca. "Ushuaia: le magazine de l'extreme". Pour etre extreme, c'est extreme, mais pas forcement au sens Nicolas Hulo. Il fait froid, c'est gris, BRRR! Mais j'y suis. Je leve mes bras au ciel telle une championne et me plante juste devant le panneau pour prendre la photo, ben oui, c'est tout de meme pour ca que je suis la. Que je suis contente!! Chris me prend dans ses bras en me disant: "Girl, you made it!" (ma fille, tu l'as fait). Peu de gens peuvent comprendre ma joie. D'ailleurs, cette joie va assez vite ternir en arrivant dans le centre ville afin de celebrer l'evenement. Moi je me ballade le sourire aux levres et eux, les gens, me regardent comme si j'avais un entonoir sur la tete... Je remballe donc ma joie avec amertume. Je me sens triste telle Gelsomina, la pauvre petite comedienne de La Strada, le film de Fellini que j'aime tant. Je suis incomprise du monde entier... Mes levres se courbent maintenant vers le bas, mes joues palissent, mes rides s'enfoncent, mes yeux s'etirent et mon coeur laisse couler une larme de melancolie. J'entends resonner dans ma tete une melodie morne... Pourtant, "IT'S A BAUTIFUL DAY-AY-AY-AY-AY, NANANANANANA, YOUHOUHOUHOU!" Ah, tout de meme, U2 refait surface, cette chanson qui m'a suivi chaque jour depuis que j'ai passe le pont du Golden Gate le 31 mai dernier. Ca me redonne la peche. Sur ce je m'enfille dans un cafe internet pour prevenir mon petit monde (qui lui s'impatiente) que je suis arrivee a destination. Une fois les formalites accomplient, nous partons tous passer la soiree avec des motards d'Ushuaia que Chris a rencontre sur la route. Les types sont tres sympas: Oscar, Yerman, Daniel (dit El Tucu) et??? comme d'hab, j'ai oublie le nom du 4ieme!. Je voudrais celebrer mon exploit mais malheureusement, je suis tres preoccupee par la sante de Maya. Il a envoye un email a Tim, qui me l'a fait suivre, ou il disait cracher du sang et ne pas pouvoir marcher... Je suis certaine maintenant qu'il ne m'a pas tout dit sur son etat de sante. J'abrege la soiree pour me coucher tot et si necessaire, retourner demain a Porvenir pour m'occuper de lui. C’est comme ca que je suis arrivee a Ushuaia... Interessant. |
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